Maison Japonaise et matériaux

La maison japonaise: matériaux

Bois, bambou, paille, papier et pierre sont les 5 matériaux principaux utilisés dans la construction d'un maison traditionnelle du Japon.
Bois : encore de nos jours, c'est le matériau de la structure, des plafonds et des sols dans les pièces annexes (cuisine, couloir...). Le pin, le cèdre et le cyprès étant largement disponibles dans les forêts du Japon, le bois est un choix logique. Il a un caractère éphémère et transitoire, qui cadre bien avec la philosophie Zen. C'est également le matériau de prédilection dans la construction à cause de sa légèreté, un critère important dans un pays secoué de tremblements de terre. Enfin, de par ses irrégularités et ses textures, le bois a un rôle esthétique essentiel, et contribue à l'harmonie et à l'atmosphère chaleureuse de la maison japonaise.

Bambou : le bambou est tellement omniprésent dans l'habitat, et plus généralement, dans l'Art de vivre du Japon, qu'il fait l'objet d'une page particulière...

Paille : il s'agit de la paille de riz des tatamis, élément central des pièces à vivre d'une maison japonaise. Si l'utilisation de la paille pour s'isoler du sol froid est très ancienne, c'est "seulement" au 15e siècle que sont apparus les premiers mats de pailles que l'on déplaçait dans la maison selon les besoins. Bien adapté au climat japonais, isolant du froid l'hiver, permettant néanmoins à l'air de circuler l'été, le tatamis s'est ensuite peu à peu à peu épaissi pour prendre l'aspect qu'il a encore aujourd'hui, soit généralement 7 couches de paille de riz superposées, entrecroisées, comprimées, et bordées d'un galon en tissu uni ou à motif. Sa dimension est devenu un standard (environ 1,80 m x 90 cm, ce qui correspond à l'espace nécessaire à un homme alongé), sur lequel se rapportent les dimensions de la maison : une pièce se mesure en nombre de tatamis (qui sont imbriqués par 3, 4 1/2, 6, 8... : voir quelques exemples de dispositions ci-dessous), et par extension, la surface des habitations se donnent encore de nos jours en "tsubo" (1 tsubo = 2 tatamis). C'est afin de protéger ces tatamis fragiles, que l'on aurait pris l'habitude de retirer ses chaussures en entrant dans une maison japonaise, une coutume toujours en usage dans le Japon d'aujourd'hui...

Papier : Là encore, on peut laisser la parole à Tanizaki (toujours dans "Eloge de l'ombre"

"Le papier est, nous dit-on, une invention des chinois; toujours est-il que nous n'éprouvons à l'égard du papier d'Occident, d'autre impression que d'avoir affaire à une matière strictement utilitaire, cependant qu'il nous suffit de voir la texture d'un papier de Chine, ou du Japon, pour sentir une sorte de tiédeur qui nous met le coeur à l'aise."

Le papier japonais, appelé "washi", est un artisanat très développé au Japon et il en existe de nombreuses variétés, selon la composition, la texture, la couleur... Dans la maison japonaise, c'est d'abord le matériau des "shoji", ces porte-fenêtres coulissantes tendues d'un papier blanc qui filtre la lumière extérieure. Du papier opaque de couleur est également utilisé pour recouvrir les parois coulissantes qui séparent les pièces ou cachent un placart. Enfin, un papier plus fin est utilisé pour les lampes que l'on pose le soir sur les tatamis.

Pierre : matériau utilisé surtout en extérieur, pour les fondations, les chemins et comme élément de jardin, la pierre a, au Japon, une valeur particulière. Un rocher disposé dans un jardin est une oeuvre de la nature, un objet beau que l'on apprécie d'autant plus qu'il est patiné, peut-être recouvert de mousse, toujours chargé d'histoire...

Outre leur aspect visuel qui constitue en quelque sorte la "décoration" de base d'un intérieur japonais et contribue de façon évidente à l'harmonie de la maison, ces matériaux s'apprécient également au toucher (celui des tatamis, d'une poutre de bois, ou de la patine d'une pierre...). Et puis la maison japonaise à une odeur très caractéristique (l'"odeur de japon"!), qui est celle des bois employés, des tatamis... A lire :
L'Art de Vivre au Japon

de Suzanne Slesin, Stafford Cliff & Daniel Rozentroch
Photographies de Gilles de Chabanex

Plus qu'un livre sur l'art de vivre, comme le titre le laisserait entendre, c'est un très beau livre de photos montrant l'habitat japonais dans toute sa diversité, de la maison traditionelle en bois avec tatamis à l'immeuble d'architecte contemporain utilisant les matériaux les plus modernes. Vues extérieures et scènes de rues, photos d'intérieurs, ce livre très complet et reflétant bien la réalité de l'environnement quotidien japonais, montre comment le Japon a su allier traditions et modernité pour former une esthétique intemporelle alliant sobriété et élégance. Initialement publié en 1987, ce livre a été réédité en 2002 et constitue un excellente point de départ sur... l'Art d'habiter au Japon!

Le bambou dans la maison et le jardin japonais

"Pousse du bambou
sa vigueur à qui peut-on
la comparer ?"
Bonchi

Le bambou est indissociable du Japon (et réciproquement!). Son esthétique, son élégance et son aura (ah, le bonheur de se promener dans une forèt de bambous agités par le vent!) expliquent sa popularité, que se soit à l'état naturel, ou en tant que matériau.

Sa légèreté, sa résistance et sa flexibilité en font quasiment un matériaux idéal. Il est en outre relativement facile à sculpter, et étant assez peu propice à la mécanisation, son travail reste aujourd'hui encore largement artisanal.

Le bambou est très présent dans les jardins, où il est utilisé pour les clotures, les fontaines, les outils... Dans la maison, le bambou est aussi utilisé pour fabriquer des meubles et des ustensiles pour la cuisine ou la cérémonie du thé, des vases, des paniers, des stores "sudare "qui remplacent les shoji en été. Et puis avec le bambou sont aussi fabriqués des instruments de musique, des arcs...

En tant que plante, le bambou est partout en Asie et il en existe de nombreuses variétés. Rien qu'au Japon on en recenserait près de 6 000! Certaines variétés sont plus adaptées à la fabrication de certains objets, alors que d'autres peuvent avoir un usage plus général. Ainsi, certaines régions ont développé un artisanat du bambou très spécialisé, comme Ikoma dans la préfécture de Nara, qui est spécialisé dans la fabrication de "chasen", ou Beppu dans l'ile de Kyushu, qui a développé un gros artisanat de paniers